Assurance auto · 10 min · 25 septembre 2026 · Par Équipe JeRenegocie

Passer son assurance auto au tiers : le seuil de valeur calculé

Tous risques ou tiers ? Seuil = franchise + 12,7 × l'écart de prime, calculé sur 78,7 sinistres pour 1 000 voitures en 2025. Tableaux auto et moto.

Calculatrice et documents pour comparer le coût d
Crédit photo : Unsplash

Il faut passer son assurance auto au tiers quand la valeur de la voiture, franchise déduite, ne couvre plus 12,7 années de l'écart de prime entre tous risques et tiers. En formule : seuil = franchise + 12,7 × surcoût annuel du tous risques. Avec 250 € d'écart et 500 € de franchise, le tous risques cesse d'être rentable, même dans l'hypothèse la plus favorable, dès que la voiture vaut moins de 3 680 € environ. Ce multiplicateur n'est pas une règle empirique : il découle de la fréquence des sinistres « dommages au véhicule » publiée par France Assureurs pour 2025, soit 78,7 sinistres pour 1 000 véhicules assurés par an.

La garantie « dommages tous accidents » est ce qui sépare une formule tous risques d'une formule au tiers : c'est elle qui indemnise vos propres réparations quand vous êtes responsable ou quand aucun tiers n'est identifié. En moyenne, elle représente 240 € hors taxes sur une prime tous risques de 601 € HT (France Assureurs, étude publiée en juillet 2026). La question n'est donc pas « tous risques ou tiers ? » dans l'absolu, mais « ces 240 € par an achètent-ils encore quelque chose sur ma voiture ? ».

Que paie vraiment la garantie tous risques que le tiers ne paie pas ?

Commençons par dissiper un malentendu fréquent. Au tiers, vous n'êtes pas privé de toute indemnisation pour votre voiture. Si un autre conducteur, identifié, est responsable de l'accident, vos dégâts sont pris en charge au titre de sa responsabilité civile. Service-public.fr le formule dans l'autre sens : seul « le conducteur responsable » n'est pas indemnisé pour ses propres dommages.

Le tous risques ne sert donc que dans trois situations :

  • Vous êtes responsable, en tout ou en partie, de l'accident ;
  • Aucun tiers n'est identifié : délit de fuite, rayure sur un parking, choc contre un mur, sortie de route seul ;
  • Le vandalisme, selon les contrats.

Le deuxième point à poser est le plafond. L'assureur ne vous rembourse jamais plus que la valeur du véhicule au jour du sinistre. L'article L327-1 du code de la route l'organise : quand le rapport d'expertise montre que les réparations coûtent plus que la valeur du véhicule, l'assureur doit, dans les 15 jours, proposer une indemnisation en perte totale avec cession de la voiture, et vous avez 30 jours pour répondre. Autrement dit, sur une voiture qui vaut 2 500 €, le maximum que la garantie dommages pourra jamais vous verser est 2 500 € moins la franchise, quel que soit le montant des réparations.

Le tous risques n'assure pas votre voiture « à neuf ». Il assure sa valeur de remplacement, qui baisse chaque année, contre une prime qui, elle, ne baisse pas au même rythme.

Combien la garantie dommages rapporte-t-elle en moyenne ?

L'étude de France Assureurs sur le marché de l'assurance automobile des particuliers en 2025 donne, garantie par garantie, la fréquence des sinistres et leur coût moyen. En les multipliant, on obtient ce que chaque garantie verse en moyenne par véhicule assuré et par an. C'est le calcul que les guides grand public ne font pas.

Garantie (voitures, 2025)FréquenceCoût moyen d'un sinistreVersé en moyenne par an et par véhiculeUn sinistre tous les…
Dommages au véhicule78,7 ‰2 250 €177 €12,7 ans
Bris de glace60,6 ‰744 €45 €16,5 ans
Vol3,8 ‰4 400 €17 €263 ans
Incendie1,1 ‰6 731 €7 €909 ans

Source : France Assureurs, « Le marché de l'assurance automobile des particuliers en 2025 », calculs JeRenegocie (fréquence × coût moyen).

Premier enseignement : pour 240 € HT de prime moyenne, la garantie dommages verse en moyenne 177 € d'indemnités, soit environ 74 % de ce qu'elle coûte, avant taxes et frais de gestion de l'assureur. Ce n'est pas un scandale : c'est le principe de toute assurance, qui mutualise un risque et le facture un peu plus cher qu'il ne coûte. Mais cela rappelle que le tous risques n'est pas un placement. Il n'a de sens que s'il vous protège d'une perte que vous ne pourriez pas absorber.

Deuxième enseignement : une voiture assurée connaît en moyenne un sinistre « dommages » tous les 12,7 ans. C'est ce chiffre qui fournit le multiplicateur du seuil.

Comment calculer le seuil de bascule vers le tiers ?

Raisonnons dans l'hypothèse la plus favorable au tous risques : chaque sinistre serait une perte totale, et l'assureur vous verserait à chaque fois le maximum, c'est-à-dire la valeur de la voiture moins la franchise. Dans la réalité, la plupart des sinistres sont des réparations partielles, donc l'indemnité réelle est inférieure. Ce que la garantie vous rapporte en moyenne chaque année est donc au plus :

fréquence × (valeur du véhicule − franchise)

Si l'écart de prime entre tous risques et tiers dépasse ce montant, le tous risques vous coûte plus qu'il ne vous rendra, même dans le meilleur des cas. Le seuil s'écrit :

valeur seuil = franchise + écart de prime ÷ 0,0787 = franchise + 12,7 × écart de prime

Écart de prime tous risques / tiersFranchise 300 €Franchise 500 €
150 € par an2 210 €2 410 €
250 € par an3 480 €3 680 €
350 € par an4 750 €4 950 €

Lecture : avec 250 € d'écart de prime et 500 € de franchise, une voiture qui vaut moins de 3 680 € environ ne justifie plus le tous risques, même en supposant que chaque sinistre soit une perte totale indemnisée au maximum.

Pourquoi ce seuil est plus haut que la « règle des 10 % » ?

Une règle circule selon laquelle il faut passer au tiers quand le surcoût annuel du tous risques dépasse 10 % de ce que la garantie peut verser. Elle revient à un multiplicateur de 10 : avec 250 € d'écart et 500 € de franchise, elle place la bascule à 3 000 €. Les données de sinistralité 2025 donnent 12,7, soit un seuil de 3 680 €. La règle des 10 % fait donc garder le tous risques trop longtemps, sur des voitures de 3 000 à 3 700 € dans cet exemple. Et comme notre calcul suppose que chaque sinistre est une perte totale, le vrai point de bascule est encore plus haut.

Les trois ajustements à faire sur votre cas

  1. Votre fréquence n'est pas la moyenne. Le 78,7 ‰ est une moyenne de marché. Un jeune conducteur ou un usage urbain intensif a une fréquence plus élevée, donc un multiplicateur plus faible : le tous risques se justifie plus longtemps. Un conducteur au bonus maximal qui roule peu est dans le cas inverse.
  2. La valeur à retenir est la valeur de remplacement, celle qu'un expert retiendrait pour une voiture du même modèle, du même âge et du même kilométrage. Pas le prix d'achat, pas la cote de l'annonce la plus optimiste.
  3. L'écart de prime se mesure sur deux devis réels, tiers étendu et tous risques, chez le même assureur, avec la même franchise. Les moyennes du marché ne remplacent pas votre devis.

Faut-il passer au tiers simple ou au tiers étendu ?

Le calcul ci-dessus isole la seule garantie dommages. Entre les deux formules extrêmes, le « tiers étendu » (ou « intermédiaire ») ajoute généralement le vol, l'incendie et le bris de glace à la responsabilité civile. Le tableau précédent montre que ces garanties n'ont pas le même poids.

Le bris de glace est le sinistre le plus fréquent après les dommages : 60,6 ‰, soit un sinistre tous les 16,5 ans en moyenne, pour un coût moyen de 744 €. Un pare-brise coûte à peu près la même chose sur une voiture de 3 000 € et sur une voiture de 30 000 € : cette garantie ne perd pas sa valeur avec l'âge du véhicule. C'est la garantie qu'il est le plus logique de conserver.

Le vol et l'incendie, eux, sont rares (3,8 ‰ et 1,1 ‰) et plafonnés par la valeur de la voiture, comme les dommages. Sur une voiture de faible valeur, leur intérêt baisse au même rythme que celui du tous risques. Leur prime reste modeste (47 € en moyenne pour le vol, selon France Assureurs), ce qui explique que beaucoup de conducteurs les gardent par confort.

La règle pratique : passer d'abord du tous risques au tiers étendu, puis se reposer la question du tiers simple quelques années plus tard.

Le calcul est-il différent pour une moto ?

Il l'est, et de beaucoup. Pour les deux-roues, France Assureurs mesure une fréquence de sinistres « dommages au véhicule » de 21,9 ‰ seulement, pour un coût moyen de 2 599 € et une prime moyenne de 137 € HT pour cette garantie.

Garantie dommages en 2025VoitureDeux-roues
Prime moyenne HT240 €137 €
Fréquence78,7 ‰21,9 ‰
Coût moyen d'un sinistre2 250 €2 599 €
Versé en moyenne par an177 €57 €
Part de la prime reversée (HT)environ 74 %environ 42 %
Multiplicateur du seuil12,745,7

Deux lectures. D'abord, la garantie dommages d'un deux-roues reverse en moyenne 42 % de sa prime hors taxes, contre 74 % pour une voiture. Ensuite, le multiplicateur du seuil passe à 45,7 : avec 80 € d'écart de prime et 300 € de franchise, le tous risques cesse d'être rentable sous environ 3 950 € de valeur. Une moto de six ou sept ans atteint vite ce niveau.

Une nuance s'impose : la garantie « dommages » d'un deux-roues protège surtout la machine, pas le pilote. Ce qui compte vraiment sur une moto, c'est la garantie du conducteur, dont 97,5 % des contrats deux-roues sont équipés selon la même étude. Descendre au tiers ne doit jamais se faire en sacrifiant cette garantie. Pour comparer les tarifs moto par formule, le guide assurance moto pas chère de LeMeilleurTarif détaille les écarts entre tiers et tous risques selon la cylindrée.

Quand faut-il garder le tous risques malgré le calcul ?

Le calcul du seuil répond à une question d'espérance. Il ne répond pas à une question de trésorerie. Quatre cas justifient de rester en tous risques même sous le seuil :

  • Vous ne pouvez pas encaisser la perte. Si perdre votre voiture sans indemnisation vous empêcherait d'aller travailler et que vous n'avez pas l'équivalent de sa valeur de côté, l'assurance joue son vrai rôle : transformer une perte improbable mais insupportable en coût certain mais supportable.
  • La voiture est en location avec option d'achat (LOA) ou en location longue durée (LLD). Le contrat de location impose généralement le tous risques : vérifiez-le avant toute modification.
  • Votre fréquence est très supérieure à la moyenne : jeune conducteur, gros rouleur urbain, stationnement dans la rue en zone exposée.
  • Le contrat prévoit une indemnisation au-delà de la valeur de remplacement (valeur à neuf pendant les premières années, valeur majorée). Dans ce cas, le plafond de l'indemnité n'est plus la valeur du marché, et le calcul doit être refait avec le montant contractuel.

À l'inverse, une voiture ancienne qui dort au garage, un second véhicule qui roule peu ou un conducteur disposant d'une épargne de précaution sont les profils pour lesquels le tous risques est le plus surpayé.

Comment changer de formule concrètement ?

Deux voies, qui ne passent pas par les mêmes règles.

Chez votre assureur actuel. Descendre de formule se fait par un avenant au contrat. La loi ne l'impose pas en cours d'année, mais les assureurs l'acceptent en pratique : demandez par écrit le passage en tiers étendu, la date d'effet et le nouveau montant de prime. Profitez-en pour comparer deux niveaux de franchise.

Chez un autre assureur. Au-delà d'un an de contrat, la loi Hamon (article L113-15-2 du code des assurances) vous permet de résilier à tout moment, avec un préavis d'un mois. C'est le nouvel assureur qui se charge de la résiliation, ce qui évite toute période sans couverture, obligatoire au regard de l'article L211-1 du code des assurances. La procédure et le modèle de démarche sont détaillés dans notre guide pour résilier son assurance auto avant l'échéance avec la loi Hamon.

Changer de formule ne touche pas à votre coefficient de bonus-malus : il suit le conducteur, pas la formule. Avant de demander des devis, récupérez votre relevé d'information, que votre assureur doit vous remettre gratuitement (comment l'obtenir et le lire). Pour mettre plusieurs assureurs en concurrence sur une formule tiers étendu, le comparateur d'assurance auto d'OffreSimple et celui de LeMeilleurTarif permettent de comparer à garanties identiques.

Que faire des économies réalisées ?

Passer au tiers étendu sur une voiture sous le seuil libère typiquement l'écart de prime, soit 150 à 350 € par an dans nos exemples. Deux usages sont cohérents avec le calcul :

  1. Constituer une réserve « auto » sur un livret. Au bout de quelques années, elle couvre à elle seule la valeur de la voiture : vous êtes devenu votre propre assureur pour le risque dommages, sans la marge de l'assureur.
  2. Renforcer ce qui compte vraiment : la garantie du conducteur, dont les plafonds varient fortement d'un contrat à l'autre, et l'assistance.

Vérifiez au passage que vous ne payez pas deux fois la même protection, par exemple une assistance ou une protection juridique déjà incluses ailleurs : notre méthode pour repérer les assurances en double s'applique aussi au contrat auto. Et pour aller plus loin sur le prix lui-même, les leviers de négociation sont listés dans comment négocier son assurance auto.

FAQ

À partir de quelle valeur de voiture faut-il passer au tiers ?

Quand la valeur du véhicule devient inférieure à la franchise plus 12,7 fois l'écart annuel de prime entre tous risques et tiers. Avec 250 € d'écart et 500 € de franchise, le seuil est d'environ 3 680 €. Le multiplicateur 12,7 correspond à la fréquence des sinistres dommages mesurée par France Assureurs en 2025 (78,7 pour 1 000 véhicules).

Suis-je indemnisé au tiers si l'accident n'est pas de ma faute ?

Oui, si le responsable est identifié : vos dommages sont pris en charge au titre de sa responsabilité civile. L'assurance au tiers ne vous laisse sans indemnisation que si vous êtes responsable ou si aucun tiers n'est identifié, par exemple en cas de délit de fuite ou de choc sans autre véhicule.

Combien l'assurance tous risques rembourse-t-elle au maximum sur une vieille voiture ?

Au maximum la valeur du véhicule au jour du sinistre, franchise déduite. Si les réparations coûtent plus que cette valeur, l'assureur doit proposer une indemnisation en perte totale dans les 15 jours suivant le rapport d'expertise (article L327-1 du code de la route), et le propriétaire dispose de 30 jours pour répondre.

Passer au tiers fait-il perdre son bonus ?

Non. Le coefficient de bonus-malus est attaché au conducteur et figure sur le relevé d'information. Il s'applique quelle que soit la formule choisie. Descendre au tiers réduit la prime sans toucher au coefficient ; seul un sinistre responsable le fait augmenter.

Peut-on passer au tiers en cours d'année ?

Chez le même assureur, par un avenant, que les assureurs acceptent en pratique à tout moment. Chez un autre assureur, après un an de contrat, grâce à la loi Hamon (article L113-15-2 du code des assurances) : résiliation à tout moment avec un mois de préavis, prise en charge par le nouvel assureur.

Le calcul est-il le même pour une moto ?

Non. La fréquence des sinistres dommages des deux-roues n'est que de 21,9 pour 1 000 en 2025, contre 78,7 pour les voitures. Le multiplicateur passe donc de 12,7 à 45,7 : avec 80 € d'écart de prime et 300 € de franchise, le tous risques n'est plus rentable sous environ 3 950 € de valeur.

Simulez vos économies

Le passage au tiers est l'un des leviers, pas le seul : la mise en concurrence à garanties identiques en est un autre. Simuler mes économies gratuitement →

Sources

  1. France Assureurs — Le marché de l
  2. France Assureurs — tableaux de fréquences, coûts moyens et décomposition de la prime 2025 (PDF)
  3. Service-public.gouv.fr — Assurance auto obligatoire ou « au tiers » (mise à jour avril 2026)
  4. Code de la route, article L327-1 (proposition d
  5. Code des assurances, article L211-1 (obligation d
  6. Code des assurances, article L113-15-2 (résiliation à tout moment, loi Hamon)

À propos de l'auteur

Équipe JeRenegocie

Experts courtage et assurance emprunteur depuis 2020. Courtier ORIAS n°20 000 518. Nos contenus sont rédigés par des spécialistes du secteur financier et de l'assurance.